« C’est ma culpabilité qui me fait rester dans mon deuil »

Cela fait un moment que j’ai prévu écrire sur le sujet, mais j’avais décidé de reporter ce sujet à plus tard. La vie étant ce quelle est, elle s’est chargée de mettre sur ma route différentes choses et personnes cette semaine, et qui me ramenait toujours vers ce sujet. Laissez-moi vous raconter ce qui m’a décidée aujourd’hui, à rédiger cet article. Ce matin, une inconnue m’a abordée à l’arrêt de bus et s’est simplement mise à me parler de sa solitude après quelques bonjours d’usage. Cette dame de 66 ans m’a raconté que sa mère était décédée 4 ans plus tôt, et que depuis elle s’ennuyait toujours d’elle, ne savait plus comment occupé son temps et se sentait toujours triste. Elle avait un chien quelle a nommée au nom de sa mère, elle faisait brûler des cigarettes dans la maison, car elle associait l’odeur à sa mère, et elle allait manger dans les restaurants où sa mère allait. Elle était justement assise devant un de ces restaurants à regarder la façade. Elle m’a dit : je me sens tellement coupable. Ma mère m’avait fait promettre de lui amener ses dentiers à l’hôpital, et je ne l’ai pas fait. Elle était fâchée, m’a fait signe de partir, et j’ai essayé de prendre sa main, mais je ne sais pas si elle essayait de la serrer ou de me repousser. Je n’ai pas tenu ma promesse, et une promesse c’est sacrée. À un moment, elle m’a textuellement dit : « C’est ma culpabilité qui me fait rester dans mon deuil ».

La culpabilité est un sentiment qui surgit lorsque l’on se sent responsable d’avoir fait ou dit quelque chose qui, selon nous, enfreint nos valeurs, croyances et principes. Avoir un sentiment de culpabilité après avoir fait quelque chose de répréhensible, nous amène à revoir notre point de vue, à reconnaître nos erreurs et à nous excuser. Cela demande une part d’humilité, à mettre son égo de côté, à se remettre en question, à s’excuser et à se pardonner l’erreur commise. C’est un processus sain faisant partie de la vie humaine. Par contre, il arrive que ce sentiment naisse de manière injustifiée ou devienne plus chronique, et c’est à ce moment que l’on tombe dans le cercle vicieux et paralysant de la culpabilité.

La culpabilité injustifiée

Il arrive que nous portions en nous un sentiment de culpabilité qui s’avère injustifié. C’est souvent le cas, pour les personnes ayant tendance à prendre tout sur leurs épaules ou celles n’acceptant pas la réalité d’une situation. Si on reprend l’exemple de la dame ci-haut, on peut se rendre compte qu’elle se sent coupable de ne pas avoir respecté une promesse faite à sa mère. Pourtant elle-même expliquait que sa mère était mourante à ce moment, et qu’elle n’avait plus tous ses esprits. Aurait-elle plutôt le sentiment d’être coupable du décès de sa mère parce qu’accepter que la perte de celle-ci fasse partie de la vie lui est insurmontable? Par moment, lorsque l’on essaie de donner un sens à une situation, car on ne peut accepter sa réalité, il devient facile de reporter la faute sur notre propre personne. Nous avons donc alors quelqu’un à punir, une impression de donner un sens aux événements et d’avoir une certaine capacité d’agir au lieu d’accepter la vérité telle quelle est… parce que sinon se serait trop douloureux.

Nous passons tous à un moment ou un autre par un sentiment de culpabilité justifiée ou non. Si certaines personnes réussissent à en sortir plus rapidement, d’autres pourront tomber dans la culpabilité chronique qui alors devient un réel cercle vicieux duquel il n’est pas simple de se sortir.

Dans le prochain article sur la culpabilité : la culpabilité chronique et son impact sur l’esprit et le corps.

Pin It on Pinterest

Share This